La décapitalisation des cheptels bovins français semble se tasser
Etude de cas à partir des données AGRESTE :
"Animaux de boucherie : Abattage et Production"
Photo d'illustration source https://www.seelab.ai/fr
La décapitalisation des cheptels bovins français semble se tasser
Etude de cas à partir des données AGRESTE :
"Animaux de boucherie : Abattage et Production"
Photo d'illustration source https://www.seelab.ai/fr
Source Agreste : Animaux de boucherie : Abattage et Production - Base de données nationale de l'identification française / (BDNI)
Les données récentes sur les abattages des bovins en France montrent un ralentissement notable des abattages de vaches. Les vaches laitières et allaitantes pouvant être considérées comme les moteurs principaux des productions bovines, il est important de veiller à ce que le taux de réforme ne s'emballe plus comme lors des crises agricoles récentes.
S'il est plutôt rassurant de voir une diminution du nombre de vaches destinées à la boucherie, l’approche visant à analyser l’évolution du nombre de vaches abattues par an présente un biais : cet indicateur brut est trop directement lié au cheptel présent au niveau national.
A taux de réforme constant, toute variation du cheptel entraine une modification du nombre de vaches abattues.
Notre approche est de comparer le nombre de vaches abattues ( Nombre d’animaux abattus CVJA) à la production indigène brute totale (PIB) CVJA pour tous les « type bovins » hors bisons et buffles. L’évolution de ce ratio est un indicateur indirect de la volonté de réduire ou non le nombre total de vaches.
Nous avons néanmoins essayé de tenir compte des animaux importés pour être abattus en France. Ces données, lorsqu'elles existent (à partir de 2012), sont disponibles sur le site des statistiques françaises du commerce extérieur de biens élaborées par la douane. Le code NC8 correspondant aux Vaches d’un poids > 300 kg, destinées à la boucherie (à l’exclusion des génisses) est le [01022961]. Nous avons extrait les lignes des archives de 2004 à 2024 faisant référence à ce code NC8. La même extraction a été réalisée à partir des données d'exportation.
Les valeurs retenues pour l'analyse sont reprises dans le tableau ci dessous. Il faut noter une valeur aberrante concernant le nombre de vaches et même de gros bovins + de 8 mois abattus en 2008. La valeur en rouge correspond à la moyenne des observations entre 2007 et 2009. Même si le bilan des vaches exportées / importées reste limité par rapport au nombre de vaches "françaises" destinées à la boucherie, nous en tiendrons compte dans l'analyse.
L’analyse est réalisée sous R avec la fonction STL(). Cette fonction décompose l’évolution de l’indicateur selon une composante résiduelle, une composante saisonnière (si elle est présente) et une composante tendance « TREND ». La figure suivante montre une tendance à la hausse observée jusqu'en 2015, puis une stabilisation qui se maintient en plateau jusque fin 2024.
Les premières observations mensuelles de 2025 ne figurent pas dans l’analyse. Bien que des variations annuelles subsistent, la composante résiduelle indique une stabilisation de cette dynamique.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce tassement, notamment les mesures prises pour réguler le marché, une prise de conscience accrue de la durabilité agricole, ou encore des changements dans les habitudes de consommation.
Cependant, la crise agricole reste un élément clé, ayant possiblement contribué à des ajustements structurels dans le secteur. Le gouvernement avait mis en place un plan de soutien à l'élevage français en juillet 2015, renforcé en septembre de la même année. Ce plan comprenait des mesures d'urgence et des outils de moyen terme visant à apporter un soutien en trésorerie aux élevages les plus fragilisés et à restructurer l'endettement des éleveurs en difficulté, notamment les jeunes et les récents investisseurs.
L'analyse approfondie des séries temporelles confirme que la tendance reste inquiétante même si elle ne montre pas de signes d'accélération récente. Ceci pourrait apporter des éléments de réflexion pour les décideurs politiques et économiques, soucieux de garantir la viabilité du secteur tout en préservant un équilibre écologique et économique.